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La maison de mes parents

Comme le temps passe…
Je me souviens très bien de la maison de la rue St Urbain. Gosse, j’avais des amis juste en face, les jumeaux, terreurs du quartier, avec qui j’étais à l’école primaire et même à la maternelle. Le terrain de jeu, c’était la rue, le parc pas loin, qui n’était qu’une étendue abandonnée en fait, rue de la Ménagerie, où nous avions construit une cabane sommaire, où nous faisions des batailles géantes façon Guerre des boutons. C’est là qu’on faisait des trucs secrets, qu’on fumait des lianes comme des cigarettes…
Cette maison était un peu un endroit magique pour moi, car intéressé par les fleurs et les plantes ; ma passion était servie, même à travers le grillage, car chose curieuse, je ne suis jamais entré ni dans ce beau jardin ni dans la maison.
Il y a le jasmin d’hiver, Jasminum Nudiflorum qui fleurit jaune en janvier, lors des grands froids. Il y a le kiwi, Actinidia deliciosa qui donne ses fruits à l’automne. L’automne étant sans doute la période que je préférais (et que je préfère toujours) quand je passais devant cette maison en allant à l’école, avec ses brumes, ses dahlias, Dahlia et chrysantèmes Chrysanthemum fleurissant soudain, tandis que le jardin prenait doucement son aspect un peu triste, dénudé, qu’il a en hiver.
J’apercevais de temps en temps le jardinier, dans son royaume, tout occupé à tailler, planter, bouturer, arroser, traiter, nourrir toutes ses plantes, qui lui rendent bien.
Depuis quelques années, le hasard voulu que je rencontre Benoît et que je devienne son ami.
Je ne suis toujours pas allé dans la maison de ses parents, il m’en parle quelquefois, j’ai vu les clichés qu’il a pris, captant ce qui fait l’essence et le quotidien de la vie de ses parents désormais âgés et fragiles.
Je passe moins souvent devant cette maison, mais quand c’est le cas, j’ai toujours un moment pour observer le beau jardin. L’été, la nuit, c’est un moment délicieux, car un peu de fraîcheur saisie le passant curieux, un peu d’humidité contemplative.
Le temps presse désormais. Car l’amour que l’on porte à ses proches, à ceux que l’on aime et bien, c’est maintenant et pas demain qu’il faut le montrer. Demain, il sera trop tard. Les plantes et le jardin resteront, espérons, encore longtemps. Ces images de Benoît aussi.

L. H.

Benoit Linder - 06 83 84 21 28 -